Matthieu Tachon : Du jeune pratiquant bordelais au disciple de la famille Chen
Portraits de transmission
Pratiquant depuis l’enfance, disciple de maître Chen Lifa et représentant de la douzième génération du Taiji quan de la famille Chen, Matthieu Tachon raconte un parcours construit entre Bordeaux et Chenjiagou, dans la fidélité à un maître, à une famille et à une tradition vivante.

Une vocation née à l’âge de huit ans
Fasciné dès l’enfance par les films d’arts martiaux, Matthieu Tachon rencontre à Bordeaux celui qui deviendra son premier maître, Lin Suxi. Dans un garage, son apprentissage commence par l’immobilité, la posture du cavalier, l’observation et la patience. Avant les formes spectaculaires, il découvre l’exigence du travail, la répétition et la confiance accordée par un maître.
« Dans ce garage bordelais, mon apprentissage commençait par tenir, attendre et regarder. »
Deux voies d’apprentissage
À quinze ans, Matthieu rejoint le club de maître Tran afin de pratiquer avec des jeunes de son âge. Il y découvre l’intensité physique, la stratégie du combat et l’entraînement collectif, tout en poursuivant séparément l’enseignement plus traditionnel reçu de son premier maître. Ces expériences affinent progressivement sa recherche : au-delà de l’efficacité, il souhaite comprendre la culture, la philosophie et les principes profonds qui donnent sens au geste.
La rencontre décisive à Chenjiagou
En 2005, un voyage en Chine le conduit à Chenjiagou, berceau historique du Taiji quan de la famille Chen. Alors qu’il s’apprête à quitter le village, il aperçoit maître Chen Lifa dans une cour. Quelques mouvements suffisent : Matthieu reconnaît immédiatement la densité, les connexions corporelles et la puissance qu’il recherchait depuis des années.
Il revient l’année suivante pour vivre trois mois dans la maison du maître. Les journées commencent avant six heures et s’organisent autour de longues heures de pratique. Chaque fraction de mouvement est répétée jusqu’à devenir juste. La qualité du travail, davantage que les paroles, ouvre progressivement les portes de l’enseignement.
Apprendre au sein de la famille
Vivre chez son maître signifie partager le rythme, les repas, l’inconfort et les tâches quotidiennes de la famille. Matthieu travaille dans les champs, participe à la vie du village et accompagne les rites rendus aux ancêtres. Il découvre ainsi que le Taiji quan n’est pas seulement un art martial : à Chenjiagou, il est aussi un héritage familial et culturel, indissociable de celles et ceux qui l’ont façonné.
« La transmission passe par les paroles, mais aussi par le silence, la présence et l’exemple. »
L’entrée dans la lignée
En 2008, son nom est inscrit dans le registre généalogique du Taiji quan Xiaojia. En 2011, la cérémonie du Baishi Yishi scelle officiellement son engagement de disciple auprès de maître Chen Lifa. Il s’engage à respecter son maître et sa famille, à honorer l’enseignement reçu et à le transmettre sans le dénaturer.
Cette reconnaissance ne constitue pas un aboutissement honorifique. Elle crée une responsabilité : faire vivre la relation avec le maître, revenir au village, préserver la justesse de la pratique et transmettre l’histoire avec fidélité.
Une philosophie vécue
Le confucianisme, le bouddhisme chan et le taoïsme accompagnent le parcours de Matthieu. Ces traditions éclairent sa relation au maître, son attention aux rites et sa compréhension du mouvement. Elles l’invitent à dépasser les oppositions rigides, à rechercher le naturel et à intégrer les principes jusqu’à ce que la pratique devienne libre sans perdre sa cohérence.
La voie du thé prolonge cette recherche. Dans le Gong Fu Cha comme dans le Taiji quan, l’intention soutient chaque geste. La précision, le calme et la présence permettent aux éléments travaillés séparément de se fondre peu à peu dans une même harmonie.
De la reconnaissance à la responsabilité
En 2017, le film Da Dao Taiji raconte son parcours dans le cadre du dossier consacré à la reconnaissance du Taiji quan comme patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. La même année, Matthieu est désigné « Ambassadeur international de la culture du Taiji quan ».
En juillet 2026, il rejoint le Wen County Tai Chi Research Institute comme entraîneur supérieur et vice-président. Cette fonction l’associe à des travaux portant sur la pratique, l’anatomie, la prévention et l’histoire du Taiji quan, tout en lui donnant accès à des archives consacrées à ce patrimoine.
Transmettre en France
Dans la région bordelaise, Matthieu privilégie aujourd’hui les petits groupes, les stages et l’accompagnement personnalisé de pratiquants prêts à travailler entre les séances. Il enseigne également l’anatomie et l’énergétique chinoise au sein de la FFAEMC, créant des ponts entre la physiologie, la structure du corps et les principes martiaux.
Il rappelle qu’un enseignement collectif peut transmettre justement les principes d’un art, mais que les degrés les plus fins exigent une relation individuelle, de la constance et du temps. Son disciple Nicolas Lelong reçoit ainsi depuis une quinzaine d’années un enseignement associant le Taiji quan de style Chen, la science du combat, l’étude des textes et la voie du thé.
Une boxe juste
Après plus de trois décennies de pratique, Matthieu ne se considère pas arrivé au terme de la voie. Il estime avoir acquis une pratique juste et authentique, mais sait que les possibilités d’affinement restent presque infinies. La transmission doit préserver les principes, la cohérence et la vertu qui donnent à l’art toute sa profondeur.
« Avant tout, la vertu. Elle doit émaner des arts martiaux, car elle constitue la base de toute pratique sincère et juste. »
Continuer le chemin
De l’enfant bordelais fasciné par les arts martiaux au disciple accepté dans le cercle familial de maître Chen Lifa, le parcours de Matthieu est celui d’une fidélité construite par les actes. Une image le résume : un Occidental assis dans une cour de Chenjiagou, partageant le repas des maîtres chinois et parlant avec eux, dans le respect mais d’égal à égal.



Portrait réalisé pour la FFAEMC Nouvelle-Aquitaine · Images © Matthieu Tachon

